On perd aussi son sens d'identité puisque, dans notre société, on est plus souvent reconnu et apprécié pour ce qu'on fait, plutôt que pour ce qu'on est. Perdre son emploi, c'est aussi perdre le réseau d'amis et de connaissances qu'on s'était constitué au fil des ans alors qu'on ne retrouve plus, sur une base régulière, les collègues et/ou les clients avec qui on transigeait souvent depuis nombre d'années. C'est un tournant de la vie qui mène souvent au découragement, à l'anxiété et à un isolement progressif. Plus le temps passe, plus il devient difficile de s'en sortir, à moins de trouver de l'aide comme il en existe au Centre de santé communautaire de l'Estrie de Cornwall. Les services de travailleurs sociaux, d'un psychologue, d'un intervenant en santé mentale, d'un psychiatre, d'un éducateur-santé, d'un organisateur communautaire, ajoutés à ceux des médecins traitants et d'infirmières font en sorte que les nouveaux chômeurs sont encadrés et accompagnés durant leur deuil et pour la période de réadaptation et de transition qui s'ensuit. Les services ont été conçus et développés afin d'être à la mesure du /des problèmes qu'on vit personnellement, lesquels se répercutent souvent sur la famille immédiate et sur l'entourage au complet. Le cas de M. Roland Séguin, marié et père de deux enfants qui perdit son emploi après dix ans de loyaux services en est un vibrant exemple. A 40 ans, lorsqu'il perdit son emploi de gérant de distribution en raison de la fermeture de Cornwall News, entreprise pour laquelle il travaillait depuis dix ans, Roland Séguin se croyait un homme fini. "J'ai bien pris la chose lorsque j'ai appris la nouvelle, mais, une fois que j'ai pris conscience de ma situation, quelques mois plus tard, j'ai vraiment commencé à descendre la côteJ'ai même pensé au suicide. Je me sentais désormais inutile, étant donné que ce n'était plus moi qui apportais le pain à la maison. Je croyais que je ne pourrais jamais compétitionner avec les diplômés de collège et d'université qui sont plus jeunes et plus qualifiés que moi et qui connaissent tous les programmes d'ordinateur comme l'exigent les employeurs. Je me disais qu'avec la forte concurrence qu'il y a à Cornwall pour les rares emplois disponibles, je n'aurais jamais la chance de travailler de nouveau dans l'avenir."
C'est lorsque ses préoccupations ont commencé à avoir des répercussions sur sa santé physique que M. Séguin consulta son médecin, le docteur Alain Primeau du Centre de santé communautaire de l'Estrie de Cornwall. Suite aux recommandations de son médecin, M. Séguin fit appel aux services d'un travailleur social du Centre et c'est alors que les choses commencèrent à changer pour le mieux pour lui. Avec son travailleur social, M. Benoit Veilleux, auquel il se confiait, au début, jusqu'à trois fois par semaine au besoin, M. Séguin a pu s'ouvrir et exprimer clairement toute sa peine, tout son désarroi, toutes ses inquiétudes pour ainsi commencer à vivre le deuil de son emploi. M. Veilleux reconnaît que, pour bien des personnes, le plus profond deuil que l'on puisse vivre, c'est la perte de son emploi. Lorsqu'on se retrouve sans emploi, on n'a plus de raison de se lever et de commencer une nouvelle journée. On n'a pas le goût d'aller frapper aux portes des employeurs pour présenter son curriculum vitae, surtout lorsqu'on sent que la partie est perdue d'avance. Et plus le temps passe, plus la confiance et l'estime de soi s'effrite. Après avoir pris conscience du mal dont il souffrait, et avec l'intervention de son travailleur social auprès de son épouse et des proches parents le plus susceptibles de le comprendre, de l'aider et de le soutenir dans ses démarches, M. séguin commença à remonter la côte. "Je sentais que mon épouse et ma mère me comprenaient et elles faisaient tout ce qui leur étaient possible pour m'encourager et me changer les idées", explique-t-il.
Selon lui, c'est grâce à cet encadrement qu'il continua sa quête d'emploi et, le 2 juillet dernier, il entrait au service d'une usine de fabrication de bâtons de hockey. "Je ne croyais jamais qu'un jour, je travaillerais sur une chaîne de montage, moi qui, depuis dix ans, travaillais dans la gestion dans un emploi que je pensais garanti à vie. Néanmoins, je suis très content, car je ne me sentais vraiment pas heureux assis dans mon salon à attendre mon prochain chèque d'assurance-chômage", conclut M. Séguin. Selon M. Veilleux, le cas de Roland Séguin n'est pas unique à Cornwall. La ville est caractérisée par le grand nombre d'entreprises qui ferment ou qui réduisent leurs effectifs, laissant souvent des dizaines d'employés sur le pavé et complètement désemparés face à ce deuil qu'ils doivent vivre avant de passer à une nouvelle étape soit celle de recommencer à vivre. Grâce à son approche multidisciplinaire, le Centre de santé communautaire de l'Estrie de Cornwall aide les personnes qui ont subi une perte d'emploi à se refaire une santé physique et mentale. C'est souvent par l'intermédiaire du médecin traitant que ces personnes se voient offrir des services qui leur permettent de mieux vivre cette période de transition et de mieux se positionner avant de repartir à zéro. Selon M. Veilleux, les services de santé mentale constitue un atout important pour le Centre et des efforts constants sont déployés, via les réseaux d'information francophones, pour bien les faire connaître. Des intervenants se rendent régulièrement aux rencontres des organismes de la communauté afin d'expliquer les services disponibles afin que les personnes susceptibles de connaître des gens qui pourraient en avoir besoin soient en mesure de les renseigner à ce sujet et de les encourager à s'en prévaloir.
Sites Utiles: Programmes De La Sécurité Du Revenu (Drhc)
|